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Le 31 janvier, les EDC (Entrepreneurs et Dirigeants Chrétiens) de Saint Etienne ont reçu sur ce thème Jacques Mulliez, auteur de « Prier 15 jours avec Thomas More » (Nouvelle Cité), Thierry Magnin, recteur de l’Université Catholique de Lyon et Jacques Barrot, ancien ministre, membre du Conseil Constitutionnel.
Qui était Thomas More ?
Thomas More était un homme politique, juriste, historien, humaniste, philosophe et érudit anglais du XVIe siècle (1478-1535). Il appartenait à ce grand courant de pensée rénovateur que fut la Renaissance et son ami Erasme lui dédia l’« Eloge de la Folie .
Son ouvrage le plus connu est « Utopie », mot qui signifie « aucun lieu » ou « lieu du bonheur » et décrit une société dans laquelle tolérance et discipline permettent aux hommes de vivre en harmonie. Sans que ce soit rigoureusement comparable, Rabelais à la même époque décrit une abbaye de Thélème sur des fondements analogues.
Toutefois, c’est à son destin tragique que Thomas More doit une bonne part de sa notoriété. Il était en effet premier ministre du roi Henry VIII quand celui-ci voulut répudier sa femme Catherine d’Aragon pour épouser Anne Boleyn. Le pape refusa de donner son autorisation et Thomas More, catholique fidèle, refusa de suivre la position de son roi. Celui-ci le fit arrêter sous un prétexte mensonger, incarcérer, juger, puis exécuter.
Dans sa prison, Thomas More écrivit une abondante correspondance, adressée notamment à sa fille aînée, et rédigea « Dialogue du réconfort dans les tribulations ». Canonisé en 1935, il fut désigné en 2000 par Jean Paul II comme le saint patron des responsables de gouvernement et des personnalités politiques.
L’échange du 31 janvier
Thomas More soutenait un mouvement rénovateur, tout en restant fidèle à Rome, alors que d’autres s’en sont éloignés. Son opposition à Henry VIII fut toutefois liée à la fidélité à la parole donnée et au respect des principes du Droit plutôt qu’à un affrontement théologique.
Le débat, fut plutôt un échange à trois voix.
Le premier à intervenir fut Jacques Mulliez. Celui-ci, bien qu’il fasse partie de la famille qui détient cette chaîne, n’a pas fait carrière dans le groupe Auchan, mais dans des sociétés gérant l’habitat social. Alors qu’il était au sommet de sa carrière, son groupe fit l’objet d’un raid financier hostile de la part de concurrents désireux de s’approprier la société qu’il dirigeait. Le combat dura deux ans et fut d’une violence aussi inouïe qu’inadmissible, jusqu’à comporter menaces et agressions physiques et morales contre lui même et ses collaborateurs les plus proches.
C’est à ce moment qu’il découvrit Thomas More et que son exemple, à travers ses écrits, lui permit de tenir, y compris pendant les longues insomnies qui furent son lot pendant deux ans. Une fois l’épreuve terminée, et ce fut par son éviction, il eut envie de faire partager à d’autres cet exemple qui lui avait permis de tenir bon et de rester fidèle à ses convictions. C’est l’origine de l’ouvrage qui a servi de support à notre réunion.
Alors qu’il rédigeait celui-ci, il eut droit à un clin d’œil du destin : sa belle mère, apprenant l’objet de son travail, lui apprit, alors qu’elle n’en avait jamais parlé, qu’elle descendait de Thomas More et qu’à ce titre, âgée de quinze ans, elle avait assisté à la cérémonie de canonisation en 1935…
Thierry Magnin a apporté à ce débat l’éclairage de la foi, tout en soulignant la place du doute et la nécessité des « allers-retours entre la façade sociale et l’homme intérieur » :
- Comment enrichir la réflexion, dans un moment difficile ?
- Comment discerner ?
Pour aller chercher au plus profond de soi une réponse, la Foi est un support indispensable. Oser l’ « aventure intérieure» ne peut se faire seul, l’écoute des autres éveille la conscience.
Reprenant Thomas More, Thierry Magnin relève 3 obstacles à traverser pour discerner :
- « la peur illusoire » qui enferme dans le conformisme,
- « la foi factice » qui coupe le souffle,
- « l’espérance flatteuse » (la démagogie) qui empêche la vérité de se révéler.
Le surhomme n’existe pas ; il faut être humble et reconnaître sa fragilité.
Jacques Barrot a témoigné de l’importance du devoir d’intelligence, alliant Foi et Raison, dans ses engagements. Il a souligné l’importance de la prise de risque dans l’action politique, la nécessité de ne jamais renoncer, de résister et de savoir garder le sens de l’Universel. Il a cité notamment les dilemmes qui ont été les siens, tant sur le plan personnel que vis-à-vis de ses électeurs, au moment de deux grands débats que furent ceux sur l’avortement, avec la loi Veil, et sur l’abolition de la peine de mort.
Tous ont été d’accord pour souligner que, devant l’adversité, il faut se préparer en toute lucidité, persévérer une fois sa décision bien réfléchie prise, tout en évitant l’isolement.
Au final, ce débat intense a permis de mettre en lumière que dans sa vie, tout n’a pas la même valeur, qu’il faut avoir le courage de prendre les décisions qui vous nous faire grandir et grandir l’Homme et que, dans la Foi, nous sommes invités à prendre des risques grâce au cœur à cœur avec le Christ.
On peut retenir en conclusion ces propos de Thomas More adressés à sa fille :
« Je n’oublie pas en cette affaire le conseil du Christ dans l’Evangile… J’ai compté, Meg, pendant mainte et mainte nuit sans repos, tandis que ma femme dormait, pensant que je dormais aussi, tous les dangers qui pouvaient m’assaillir (…). Et après ce comput, ma fille j’avais le cœur bien gros. Mais pourtant, grâces en soit rendues à Notre Seigneur, en dépit de tout cela je n’ai jamais songé à changer d’avis (…) je connais bien ma propre fragilité (…) mais je prierai, et je te prie, ma bonne fille, de prier avec moi…»
Jean Delpont, pour les EDC de St-Etienne
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